De retour à Édimbourg après une absence de 30 ans, j’ai été émerveillé par la beauté intemporelle de la ville et son énergie vibrante, cadre idéal pour le Edinburgh Festival Fringe 2025. Cette semaine, j’ai découvert une sélection spectaculaire de comédies musicales, chacune un joyau unique qui a renforcé ma décision d’en faire un voyage annuel. Les sept productions que j’ai vues — Remember That Time? A Musical, Falling in Love with Mr. Dellamort, Vagabond Skies: The Van Gogh Musical, Nerds: The Bill Gates vs. Steve Jobs Comedy Musical, Laura Benanti: Nobody Cares, Footballers’ Wives: The Musical et Arthur Hull’s FLOP: The Best Songs from the Worst Musicals Ever Written — ont offert une gamme palpitante d’émotions, de l’introspection émouvante à l’exubérance camp.
Remember That Time? A Musical
🎵🎶
Cette comédie musicale en solo suit Annmarie, une musicienne qui abandonne sa carrière à Los Angeles pour l’amour à Barcelone, seulement pour se perdre dans un emploi de bureau et un mariage qui échoue. De retour à Dublin après 25 ans, elle se reconnecte à sa passion pour la musique grâce à des conversations Zoom avec deux amis, mêlant émotion et humour dans un voyage de 60 minutes. La performance d’Annmarie Cullen est touchante et captivante, incarnant trois personnages avec une vulnérabilité et un esprit qui font du public un confident. Racontée à travers des narrations, des chansons et des vidéos rétrospectives couvrant Dublin, Los Angeles et Barcelone, l’histoire est à la fois intime et universelle, capturant la quête de redécouverte de soi.
La créativité du spectacle réside dans sa fusion harmonieuse d’éléments : les chansons originales, co-écrites avec Mundy et Jeannie Lurie, sont chargées d’émotion, portant le poids émotionnel du parcours d’Annmarie. L’approche multimédia, avec des visuels à l’écran, ajoute une touche moderne et cinématographique, tandis que la mise-en-scène, avec l’aide d’Ami Lum, donne à la narration son unité. Cullen, originaire de Dublin ayant travaillé pour Disney et Warner Bros, est toujours authentique, soutenue par Gearoid Farrelly et Naimee Coleman apparaissants à l’écran, ajoutant chaleur et légèreté. Ce spectacle émouvant et innovant m’a inspiré et donné envie de découvrir davantage le travail de Cullen.
Je me suis personnellement retrouvé dans sa réflexion, à propos des meilleurs moments de son parcours, qui étaient plus sa période insouciante où elle chantait dans le bars pourris à Los Angeles que plus tard quand elle commença à se consacrer à sa carrière et à ses relations !
Falling in Love with Mr. Dellamort
🎵🎶
Située dans un manoir isolé en bord de mer la veille du Nouvel An, cette comédie musicale excentrique suit trois personnages — Barry, Mina et Rhonda — convoqués par l’énigmatique Mr. Dellamort, dont les plans mystérieux sont bouleversés par l’arrivée d’une invitée inattendue, Sue. L’histoire explore l’amour non partagé, la mortalité et la tromperie, avec un mélange d’intrigue gothique et d’humour camp, porté par une partition pop-gothique de Paul Doust et le livret spirituel de Jack Feldstein. Le paysage sonore innovant, avec les tonalités étranges du thérémine, joué par Cornelius Roy, et le bruitage complètent la partition accrocheuse. La distribution est exceptionnelle : Robert Tripolino incarne un Dellamort charismatique, particulièrement dans « To Die For, » tandis que Grace Farrell (Sue), Chris O’Mara (Barry), Natalie Arle-Toyne (Mina) et Jennie Jacobs (Rhonda) offrent des performances dynamiques mêlant humour et cœur. Les rebondissements imprévisibles maintiennent le suspense, rendant chaque moment délicieusement surprenant.
Mis en scène par Abigail Zealey Bess, avec une conception sonore de Sarah Weltman et des orchestrations de Lena Gabrielle, le spectacle est à la fois soigné et ludique. La créativité audacieuse et les performances brillantes font de ce spectacle un futur classique culte, m’ayant captivé par son éclat singulier, le situant quelque part entre Rocky Horror Show et Death Becomes Her à Broadway. Merci aux producteurs Tony Castrigno, Mark Rubinsky et autres.
Vagabond Skies: The Van Gogh Musical
🎵🎶
Cette comédie musicale intégralement chantée retrace la vie tumultueuse de Vincent van Gogh, explorant sa passion, sa rage et sa douleur à travers son lien étroit avec son frère Theo, avec des paroles tirées de leurs lettres émouvantes. L’histoire plonge dans les luttes de Vincent avec sa santé mentale, ses amours ratées et son ambition incessante, aboutissant à une finale puissante et émotionnelle. Alex Bloomer livre une performance intense en Vincent, complétée par la chaleur et la puissance vocale de Richard Dawes dans le rôle de Theo, avec Jordan Frazier (Agostina Segatori) et Francesca Leyland (Johanna van Gogh-Bonger) apportant profondeur et grâce. L’ensemble, incluant Patrick Jennings, Maren Ovida et Anna Unwin, donne vie à l’histoire avec une énergie vibrante.
Les paroles authentiques de Tony Norman et la partition évocatrice de Mark Edwards, rappelant la puissance mélodique des compositions de Frank Wildhorn (Jekyll and Hyde, Bonnie and Clyde), mises en scène par Sarah Dormady, créent une expérience à la fois envoûtante et exaltante, amplifiée par des projections des œuvres de Van Gogh qui immergent le public dans son univers tourmenté. La recherche minutieuse de l’équipe, incluant des voyages à Amsterdam et en Provence, garantit une fidélité à l’histoire. Le design scénique transforme l’espace en une toile vivante, rappelant la rivival de Sunday in the Park with George au Chocolate Factory, renforçant l’impact émotionnel de la musique.
Cette production au Golden Balloon du musée de l’histoire naturel, alliant art visuel et narration, m’a profondément ému en tant que français, témoignant de la puissance de l’héritage de Van Gogh dans la culture française et internationale, et donne envie de découvrir l’oeuvre dans son intégralité !
Nerds: The Bill Gates vs. Steve Jobs Comedy Musical

Cette comédie musicale énergique explore la rivalité entre Bill Gates et Steve Jobs, peut-être pour moi le plus aboutit de toutes celles que j’ai pu voir au Fringe cette année, débutant lors d’une compétition du Homebrew Computer Club dans les années 1970, et tissant une histoire romancée de leurs batailles technologiques et de leur croissance personnelle. Avec des romances fictives — Gates avec la nerd Myrtle et Jobs avec Sally, socialement engagée — le spectacle mise sur l’humour camp, culminant dans une bataille de rap hilarante qui transforme Gates en philanthrope. Dan Buckley excelle en Gates comique, Kane Oliver Parry brille en Jobs charismatique, soutenus par Elise Zavou (Sally), Teleri Hughes (Myrtle), Ethan Pascal Peters, Elliott Evans, Curtis Patrick et Julie Yammanee, tous débordants de flair comique.
Le livret spirituel de Jordan Allen-Dutton et Erik Weiner, associé à la partition inspirée des années 80 de Hal Goldberg, offre des rires grâce à des jeux de mots astucieux et des mélodies entraînantes, mis en scène avec précision par Nick Winston. Le décor nostalgique de Sophia Pardon, l’éclairage vibrant de Matt Hockley et la direction musicale de Chris Duffy évoquent les origines de l’ère numérique. Produit par Paul Taylor-Mills, la chorégraphie inventive de Winston amplifie l’énergie ludique. Ce spectacle, avec son humour communicatif et sa chaleur surprenante, m’a fait sourire de bout en bout, célébrant la culture nerd avec un clin d’œil !
Laura Benanti: Nobody Cares
🎵🎶
Dans ce spectacle de cabaret intime, Laura Benanti, lauréate d’un Tony, partage une histoire confessante sur sa carrière à Broadway, explorant comment les attentes sociétales, comme les idéaux des princesses Disney, ont façonné sa tendance à plaire aux autres. La performance magnétique de Benanti mêle humour mordant et vulnérabilité, avec des vocals puissants et un timing comique impeccable qui rendent l’espace grandiose. Les chansons originales, co-écrites avec Todd Almond, qui l’accompagne au piano, vont de piques spirituelles sur l’industrie à des réflexions poignantes sur l’acceptation de soi, offrant une expérience cathartique qui pourtant semble une conversation entre amis. La chaleur et l’authenticité de Benanti brillent à chaque instant.
Mis en scène par Annie Tippe, avec des costumes saisissants de Susan Hilferty, le spectacle est soigné mais intime, la direction musicale d’Almond ajoutant chaleur et finesse. La durée de 60 minutes est parfaitement rythmée, permettant à Benanti a mêlé humour et emotion avec fluidité. Ses références candides à la thérapie favorise la proximité avec le public, suggérant les racines thérapeutiques du spectacle. Cette performance de cabaret m’a touché par son mélange de rire et d’introspection personnelle.
Un seul regret, on aurait juste espérer un peu plus de chant et de danse pour ce seul en scène d’une des plus grande stars de Broadway de ces dernières décennies.
Footballers’ Wives: The Musical
🎵🎶
Située dans le monde glamour et scandaleux du football de Premier League en 2002, cette comédie musicale camp suit Tanya Turner dans ses manigances pour sauver son mariage avec le footballeur Jason et sa carrière chancelante, avec des scandales sexuels, des tentatives de meurtre et du chantage. L’ensemble, mené par la féroce Tanya de Ceili O’Connor, le Jason audacieux de Matt Beveridge et la pétillante Chardonnay d’India Chadwick, livre des performances électrisantes, avec Leesa Tulley, Oliver Evans, Ty-Reece Stewart, Emma Jane Fearnley, Leonardo Vieira, Laura Judge, Matt Rixon et Gillian Kirkpatrick ajoutant une énergie vibrante. L’énergie exagérée du spectacle capture le glamour tapageur des années 2000, rendant chaque moment un plaisir coupable.
La partition accrocheuse de Kath Gotts et le livret spirituel de Maureen Chadwick, ancré dans la série ITV originale, sont sublimés par la mise en scène soignée d’Anthony Banks et la chorégraphie sensuelle d’Arlene Phillips. Le décor flamboyant d’Andrzej Goulding, les costumes nostalgiques de Susan Kulkarni et l’éclairage dynamique de Jamie Platt évoquent l’excès de l’époque, tandis que les orchestrations de Joe et Nikki Davison et la direction musicale de Gemma Hawkins assurent un paysage sonore vibrant. Produit par Laura Elmes et présenté en avant-première à Twickenham, cette satire audacieuse combinant cœur et humour dans sa célébration audacieuse de la culture pop des années 2000 semble prête pour un transfert au Charring Cross Theatre, où WAG! The Musical, traitant également les femmes de footballers, avait été déjà donné en 2013.
Le point fort de cette production reste la chorégraphie de la légendaire Arlene Phillips (Grease, 1993; Saturday Night Fever, 1998; Guys and Dolls, 2023), particulièrement avec son numéro faisant directement référence à « One » de Chorus Line.
Arthur Hull’s FLOP: The Best Songs from the Worst Musicals Ever Written
🎵🎶
Ce spectacle solo célèbre les trésors cachés des comédies musicales ratées, avec Arthur Hull explorant les meilleures chansons de productions comme Spider-Man: Turn Off the Dark, Carrie et Diana: The Musical. À travers des commentaires spirituels sur leurs échecs, Hull prouve que même les pires spectacles ont une pépite musicale, livrant une performance énergique de 60 minutes. Sa voix puissante, ses talents de pianiste et sa souplesse acrobatique — notamment lors d’une séquence impressionnante sur Spider-Man — captivent, tandis que son humour réactif et ses révélations astucieuses engagent le public, faisant de chaque chanson une découverte délicieuse.
Hull, un finaliste de The Voice Australia 2024, porte le spectacle avec deux claviers, créant une expérience théâtrale complète. Les arrangements, avec l’aide d’Emma Mancer, donnent une nouvelle vie aux chansons, sous la direction extérieure d’Anni Davey. Produit par Fruitful Productions, le décor simple met en valeur le charisme de Hull. Ce spectacle, mêlant érudition théâtrale et charme juvénile, m’a captivé par son concept original et son exécution impeccable, faisant de Hull une star montante, particulièrement en valeur dans son interprétation de « Till I Hear Your Voice » de Love Never Dies, ainsi que dans son final « King of Broadway, » extrait des Producteurs, un peu hors-sujet puisque n’ayant pas un flop. Dommage qu’il n’aie pas su trouver une vrai chanson du flop King Kong, par contre, au lieu de se réfugier dans une participation de public un peu simpliste.