5/5 étoiles
L’Incroyable Pèlerinage de Harold Fry est une comédie musicale touchante et incontournable dans le West End londonien. Adaptée du roman bien-aimé de Rachel Joyce, vendu à plusieurs millions d’exemplaires en 2012, l’histoire suit Harold — un homme ordinaire à la retraite, menant une vie tranquille et monotone dans le Devon — qui reçoit une lettre d’une amie perdue de vue, Queenie, lui révélant qu’elle est en phase terminale dans un hospice à Berwick-upon-Tweed. Ce qui commence comme un simple trajet pour poster une réponse se transforme en une marche impulsive de 800 à 950 kilomètres à travers l’Angleterre.
Par rapport au film de 2023 avec Jim Broadbent, la comédie musicale réinvente le récit avec davantage d’émerveillement et d’éclat théâtral. Là où le film offre un portrait ancré et discrètement bouleversant — reposant sur le jeu tout en retenue de Broadbent et la beauté de la campagne anglaise — la version scénique rehausse le paysage émotionnel grâce à la partition folk de Passenger : harmonies envolées et ballades tendres qui amplifient les thèmes de la bienveillance et du renouveau. Un personnage de Balladeur (Noah Mullins) narre le pèlerinage avec un charme folk, apportant une énergie lyrique et collective proprement théâtrale. La chorégraphie de Tom Jackson Greaves donne vie aux rencontres du chemin avec une vitalité quasi-chorégraphique, tandis que le film privilégie un réalisme poignant. Les deux adaptations restent fidèles au roman de Joyce — dont elle a signé le scénario et co-adapté la version scénique — mais la comédie musicale paraît plus fraîche et plus vivifiante dans son approche portée par la chanson.
L’équipe créative est exceptionnelle. Joyce co-adapte son roman avec la metteuse en scène Katy Rudd (saluée pour L’Océan au bout du chemin) et Peter Darling. Passenger (Mike Rosenberg, surtout connu pour la chanson Let Her Go) signe une partition folk enchanteresse — des airs entraînants à taper du pied, des ballades tendres et de belles harmonies qui servent l’arc émotionnel sans jamais recourir à des numéros tapageurs. La scénographie ludique et lumineuse, volontairement lo-fi, de Samuel Wyer évoque avec ingéniosité les paysages changeants et les éléments fantastiques.
Mark Addy incarne Harold en tête d’affiche, reprenant son rôle de la première sold-out à Chichester. Connu pour son rôle nommé aux BAFTA dans The Full Monty et son travail dans Game of Thrones, Addy est absolument juste : pince-sans-rire mais profondément émouvant dans la peau de ce héros discret dont la détermination devient extraordinaire. Jenna Russell (lauréate de l’Olivier Award pour Dimanche au parc avec George et Hello, Dolly !) rayonne dans le rôle de Maureen, apportant nuance et chaleur à son propre arc narratif. Mullins excelle en tant que Balladeur — un rôle créé à Chichester par Jack Wolfe — sa voix envolée guidant le voyage avec un charme folk. L’ensemble est superbe de bout en bout, avec Peter Polycarpou et Maggie Service parmi les plus remarquables.
Actuellement à l’affiche au Theatre Royal Haymarket après son passage acclamé à Chichester, voici du théâtre vivifiant dans ce qu’il a de plus beau : magnifique, drôle et profondément émouvant, sans jamais sembler manipulateur. Ne manquez pas la série strictement limitée du pèlerinage de Harold Fry avant sa clôture le 18 avril 2026.