Alors que le monde francophone se prépare à accueillir Kinky Boots dans sa propre langue — au festival Bruxellons! cet été (du 9 juillet au 27 septembre 2026, au Château du Karreveld à Bruxelles) et dans une production française dont la sortie en France est en cours de préparation —, nous avons eu le bonheur de découvrir cette toute nouvelle production londonienne, réaffirmant ses racines anglaises. Dans une saison du West End riche en spectacles, cette toute nouvelle production débarque sur scène en talons vertigineux, avec un cœur encore plus grand : présentée dans le majestueux London Coliseum, elle ne se contente pas de divertir — elle célèbre, élève, et nous rappelle pourquoi la comédie musicale demeure la forme d’art la plus jubilatoire qui soit. Du premier numéro explosif jusqu’au finale triomphant, ce spectacle est un délice pur, entièrement recouvert de paillettes.
Fondée sur une histoire vraie venue de Northampton, en Angleterre — où une fabrique de chaussures familiale en difficulté trouva son salut dans la production de chaussures fétichistes —, Kinky Boots conquit d’abord les cœurs sous la forme d’un film britannique en 2005. La version scénique du musical, créée à Chicago en octobre 2012 avant de s’imposer à Broadway en avril 2013, s’enrichit d’une partition irrésistible signée par l’icône pop Cyndi Lauper et d’un livret à la fois acéré et hilarant par le quatre fois lauréat du Tony Award Harvey Fierstein.
Le résultat ? Une sensation multi-récompensée qui remporta six Tony Awards, dont ceux de la Meilleure comédie musicale et de la Meilleure partition, lançant un phénomène mondial. Cette toute nouvelle production au London Coliseum, jouée depuis le 17 mars 2026, démontre que le message du spectacle — l’acceptation de soi, la réinvention et l’art d’assumer pleinement qui l’on est — reste aussi actuel et palpitant que jamais.
Au cœur de ce tourbillon de strass brille Johannes Radebe dans le rôle de Lola. Ce chéri du public de Strictly Come Dancing, né à Zamdela, Sasolburg, en Afrique du Sud, en 1987, apporte son charisme légendaire, sa virtuosité technique et sa joie sans filtre au personnage. La Lola de Radebe est à la fois flamboyante et profondément humaine — une drag queen larger-than-life dont la chaleur et la sagesse transforment tout autant une entreprise que les gens qui l’entourent. Sa performance est exactement aussi époustouflante que les critiques le laissent entendre.
Face à lui, Matt Cardle s’avère un Charlie Price idéal. Ce chanteur multi-platine, vainqueur de The X Factor et comédien musical aguerri (& Juliet, Memphis), délivre des lignes vocales impeccables et une profondeur émotionnelle authentique. Voir Charlie évoluer d’héritier dépassé par les événements en chef d’entreprise confiant sonne juste et apporte une vraie satisfaction.
La distribution de soutien est d’une qualité uniforme. Courtney Bowman (Pretty Woman) rayonne dans le rôle de Lauren, Billie-Kay apporte du feu dans celui de Nicola, Billy Roberts maîtrise parfaitement l’arc de Don, tandis que Rachel Izen (Pat), Scott Paige, Jessica Daley et le reste de la troupe créent un univers vibrant et convaincant. Tosh Wanogho-Maud assure avec brio le rôle de doublure de Lola le lundi soir.
Sous la direction de Nikolai Foster — directeur artistique du Curve à Leicester, à qui l’on doit des productions acclamées de Grease et The Wizard of Oz —, le spectacle exploite pleinement la grande scène du Coliseum sans jamais perdre son charme intimiste. La production éblouit par ses décors hauts en couleur, sa chorégraphie survoltée et ses instants de genuine tendresse. Les chansons anthémiques de Lauper — des bangers qui font taper du pied aux ballades sincères — sonnent frais et puissants dans ce cadre.
Bien plus qu’une simple comédie musicale feel-good, Kinky Boots est un rappel lumineux que la force naît souvent de partenariats inattendus et que la vraie acceptation élève tout le monde. La troupe irradie une énergie communicative, les rires fusent au bon moment, et les sommets émotionnels font lever le public de son siège. En deux heures vingt (entracte compris), le rythme ne faiblit jamais.
Cette saison limitée (du 17 mars au 11 juillet 2026) est une occasion rare de découvrir le spectacle sur l’une des plus belles scènes de Londres, avec une distribution de premier ordre au sommet de son art.
Kinky Boots au London Coliseum, c’est tout ce que l’on attend d’un grand musical — et bien davantage encore. Hilarant, émouvant, émancipateur et résolument divertissant, c’est le spectacle populaire par excellence qui vous fera quitter la salle en dansant.