Critique : Working

En 1974, l’historien et animateur de Chicago, Studs Terkel, publia un livre avec des dizaines d’interviews des « gens du peuple » et lui donna le titre le moins sexy que l’on puisse imaginer: Working: People Talk About What They Do All Day and How They Feel About What They Do (Les gens parlent de ce qu’ils font toute la journée et de ce qu’ils ressentent).

Cela ne semblait pas prometteur pour une comédie musicale, mais quatre ans plus tard, Stephen Schwartz adapta le livre en collaboration avec Nina Faso en musical à Broadway. Plusieurs auteurs-compositeurs distingués ont contribué, dont Mary Rodgers (fille de Richard Rodgers), Craig Carnelian, Susan Grant Taylor et la légende du rock n’ roll James Taylor. Rebaptisé Working, le spectacle ne trouva pas de public et ferma après 24 représentations, même avec la jeune Patti LuPone dans le casting.

Révisé à plusieurs reprises par Schwartz, qui ajouta deux chansons additionnelles de Lin-Manuel Miranda (avant Hamilton), dont « A Very Good Day », Working a pris près de 40 ans avant d’arriver au Royaume-Uni, où il n’a joué qu’à court terme au Southwark Playhouse il y a deux ans. Et voilà de nouveau, lancé par une jeune société du nom de Hi Impact, à Upstairs at the Gatehouse dans le charmant Highgate Village (l’un des rares théâtres fringe à disposer de sièges confortables !).

Une équipe de 8 personnes assume 25 rôles différents, allant d’un cuisinier dans un fast food, à une institutrice, à une serveuse qui fait de son boulot subalterne un art, à une prostituée qui découvre qu’elle peut gagner « 500 dollars en 20 minutes en ne faisant rien », à un retraité se demande comment il va passer sa journée sans un carrière.


La liste s’allonge encore et toujours . . . un juif qui travaille dans les relations publiques s’inquiète de n’avoir rien de substance à laisser derrière lui dans ce monde ; un nouveau pompier est heureux d’avoir changé de carrière, car sauver des vies le rend plus digne . . . le travailleur soignant, le collecteur de fonds, l’homme d’entretien, et « Just a Housewife » (juste une femme de foyer)..


« Housewife » est une chanson touchante de Craig Carnelia, également responsable de « Joe », « The Mason » et de la finale, « Something To Point To », qui soulignant que chaque travail, même terne et répétitif, joue son rôle dans construction de l’Amérique, le centre mondial de la diversité, de la créativité, de la corruption, et du chaos politique.


Félicitations aux 8 acteurs qui chantent impeccablement et qui se jettent de tout cœur dans leurs rôles multiples. Avoir des chansons décentes est toujours un plus, et il y en a à chanter à pleins poumons parmi les 14 dans Working. Avec autant de styles et de rythmes de composition différents, il y a toujours un risque que trop de cuisiniers gâchent la sauce, mais tout s’assemble parfaitement. La Housewife de Lara Beth-Sas, l’Old Joe de Mikey Wooster, le collecteur de fonds/professeur de Hannah Cheetham et les pères et fils de Kris Marc-Joseph sont notablement exceptionnels.


Il n’y a pas de maillon faible dans le casting : Ryan Owen, Laura Allen, Makeda Ansah et Shivam V. Patel jouent un rôle chacun dans un bel effort collectif rassemblé par la directrice et chorégraphe Amanda Noar. Allen lui-même est acteur, chanteur, co-chorégraphe et co-producteur.


La scénographie d’Emily Megson est plus fonctionnelle qu’esthétique : les poutres en acier se métamorphosent intelligemment en huit cellules, une pour chaque interprète. La bande se débrouille bien avec les styles de musique différents ; elle est dirigée par Jamie Noar, avec Fraser Pearce à la basse, Nick Granville à la guitare, et Tonna Punn à la batterie.


C’est une autre sorte de spectacle, un aperçu fascinant de la vraie vie de la classe ouvrière américaine. Cette production s’avère tout à fait à la hauteur de celle à la Southwark Playhouse, qui donna lui à un CD, et son minimalisme dans les decors et les costumes met en évidence sa ressemblance avec A Chorus Line, créé à Broadway à la même époque et qui possède une structure similaire. Deux bons exemples de « concepts musical » même si Working s’éloigne des paillettes du show business pour traiter de la dureté du monde du travail, une réalité traitée par peu de musicals. 


Le programme de la Gatehouse est chargé avec une reprise de I Do I DO! le mois prochain, suivi de la première production fringe de 42nd Street pour les fêtes de Noël.

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