Critique : Soho Cinders

La création de Soho Cinders remonte à 2000 quand le compositeur George Stiles, le parolier Anthony Drewe, et l’auteur du livret Elliot Davis décidèrent d’écrire ensemble quelque chose de novateur après leur grand sucés avec Honk au National Theatre.

Jusque-là, une unité se dégage de leurs travail. Après Honk — qui raconte l’histoire d’un vilain petit canard — Goldilocks and the Three BearsThree Little PigsJust So, et Peter Pan présentent des animaux d’une manière ou d’une autre. Sans parler de Betty Blue Eyes à propos d’un charmant cochon, et de The Wind in the Willows traitant des animaux de la rivière.

Peut-être était-il temps de se tourner vers les êtres humains ! Soho Cinders apparu pour la première fois sous forme de workshop dans l’excellente Arts Educational School dans l’ouest de Londres, véritable pépinière des jeunes talents du West End de demain. Quatre années se sont écoulées avant que certaines de ces chansons ne soient présentées dans un concert de compilation de leur travail à A Spoon full of Stiles and Drewe au Majesty’s Theatre, suivi en 2011 d’une version concert au Queen’s Theatre au profit de la fondation Teenage Cancer Trust, qui donna lieu au seul enregistrement CD disponible à ce jour. La première production intégralement mise en scène a fut présentée au Soho Theatre en 2012 avec notamment Michael Xavier dans le rôle du candidat à la mairie de Londres et Jenna Russel dans le rôle de son épouse. Une reprise dans l’intimiste Union Theatre en 2016 sous la direction de Will Keith comprenait déjà certains membres de cette nouvelle production au Charing Cross Theatre.

Le sous-titre de Soho Cinders est « Vous irez au bal ! », donc c’est bien évidemment une version de Cendrillon. C’est une histoire, comme on dit, aussi ancienne que le temps, dont l’origine se trouvait dans la Grèce antique, mais a ensuite été reprise en Chine, au Japon, en Arabie, en Italie, en France et en Allemagne avant d’atteindre la Grande-Bretagne. Stiles, Drewe et Elliot ont repris l’histoire de base de Cendrillon, et l’ont mis au goût du jour en changeant notamment le sexe du personnage principal. Un avant goût de la nouvelle version de Company de Sondheim en quelque sorte !

Le personnage de Cendrillon s’appelle maintenant Robbie et est apparemment un gigolo entretenu par le riche Tory, Lord Bellingham. Bien que Robbie soit heureux d’accepter des cadeaux et de l’argent de la part de sa seigneurie, il ne se considère pas comme une prostituée, mais plutôt comme un escorte, car les deux n’ont jamais couchés ensemble. Robbie est en faite amoureux d’un homme politique bisexuel, James Prince, qui espère devenir maire de Londres, et il pourrait bien évidemment causer un scandales si la presse en avait connaissance.

Il y a d’autres complications. Robbie, qui est gay, dirige une laverie à Old Compton Street dans le cœur de Soho avec sa meilleure amie Velcro, bien sûr amoureuse de lui ! Mais ses demi-sœurs diaboliques qui paient son loyer au magasin tentent de l’expulser ; c’est pourquoi Robbie a accepté l’argent du lord, pour pouvoir s’habiller en Prada et se rendre à la soirée des sponsors de la campagne du Prince. Cependant, alors que Bellingham et Prince arrivent à la fête, Robbie se sent obligé de fuir. Bien sûr, il laisse tomber son téléphone portable plutôt qu’une pantoufle de verre.

C’est certain un conte pour notre époque et le spectacle tardant un peu à démarrer après le numéro d’ouverture « Old Compton Street », impeccablement chorégraphié par Adam Haigh, prend vite de l’essor avec l’arrivée des meilleurs chansons, surtout « Wishing for the Normal », une ballade qui fait chavirer le cœur de Robbie, et un touchant duo, « Gypsies of the Ether », chanté par Robbie et son Prince.

Les deux premiers rôle sont exemplaires : Lubie Bayer, un jeune acteur très prometteur, actuellement doublure dans la pièce Everybody’s Talking About Jamie, interpréte Robbie de manière camp ; et Lewis Asquith, qui reprend son rôle de la production de l’Union, est tout aussi crédible en tant que le politicien bisexuel James Prince, toujours dans le placard et effrayé de sortir.

Millie O’Connell dans le rôle de Velcro est pleine d’esprit et ressort bien dans la chanson « Let Him Go », où elle demande à la partenaire du Prince de lui laisser sa liberté. 

Ewan Giles est également remarquable dans le rôle du méchant, qui empoisonne la vie de son assistante Sasha (Melissa Rose), tandis que Tori Hargreaves dans le rôle de Marilyn, la femme du Prince, a un duo émouvant avec Prince, « Remember Us », se remémorant le moment où ils se sont rencontrés à l’université et où elle a choisi d’ignorer son attirance pour les garçons ! Christopher Coleman également présent dans la production à l’Union, fait de Bellingham un harceleur de jeunes hommes convaincant.

Les vilaines sœurs hilarantes, Clodagh et Dana, sont jouées avec un énorme enthousiasme kitsch par Michaela Stern et Natalie Harman même si leur duo « I’m So Over Men » est peut être un peu trop long.

Toute la compagnie, dans la mise en scène de Will Keith et la chorégraphie parfois quelque peu simpliste d’Adam Haigh, se donne généreusement sur la scène relativement compacte, réussissant à tirer profit de la disposition inhabituelle  du Charing Cross avec le public réparti de part et d’autre de la scène. L’orchestre composé de quatre musiciens sous la direction de Sarah Morrison suffit à faire avancer le processus de bon train.

A ne pas manquer jusqu’au 21 décembre, ce Soho Cinders est la version la plus aboutie à ce jour de cette charmante alternative à la traditionnelle pantomime anglaise Cinderella et risque au fil des années de s’établir comme un classique de ce nouveau sous-genre qu’est le musical gay au côté de Everybody’s Talking About Jamie à Londres, The Prom à Broadway et Becoming Nancy, nouvelle création des compositeurs Stiles and Drewe qui vient d’être donnée en avant première mondiale à l’Alliance Theater d’Atlanta.

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