DON BLACK’S FROM THE HEART — Garrick Theatre, Londres. Le grand parolier se raconte en revue, entre champagne et cabaret new-yorkais

Qu’est-ce qu’une carrière de parolier ? Une suite de chansons que tout le monde fredonne sans connaître le nom de l’auteur. Don Black, Oscar de la meilleure chanson pour « Born Free » et auteur de paroles pour quelques-uns des grands titres du théâtre musical britannique (Aspects of Love, Sunset Boulevard, Bombay Dreams), méritait mieux que l’anonymat relatif où le confine son métier. From the Heart, revue présentée en une quinzaine de représentations au Garrick Theatre du 8 au 18 octobre, réussit à lui rendre justice. Après des concerts très applaudis en 2025, le spectacle a été remanié et étoffé, et il s’agit désormais de sa version la plus ambitieuse : un hommage personnel de Black à la scène du cabaret new-yorkais qui a nourri son œuvre, mêlant classiques et chansons inédites écrites avec Gary Barlow, Natasha Bedingfield, David Arnold, Debbie Wiseman et Mike Batt.

La mise en scène de Nick Winston, qui évite le piège du simple récital en enchaînant les numéros avec un vrai sens du rythme et de l’humour, tient en un peu plus d’une heure sans entracte, ce qui est la bonne durée pour ce format. Les arrangements et la supervision musicale de Nick Barstow, la direction musicale de Joe Church, le décor et les costumes de Sophia Pardon, les lumières de Ben Cracknell et le son de Richard Brooker concourent à un écrin élégant, sobre, tout entier tourné vers les voix.

Et quelles voix ! Caroline O’Connor (Chicago, Mack and Mabel) domine de sa stature de grande dame de music-hall une distribution étincelante, mais c’est Clive Rowe (lauréat d’un Olivier Award, Hadestown, Guys and Dolls) qui arrête le spectacle avec « Doctors », la désopilante chanson de Mike Batt dont le héros voudrait changer de médecin, le sien lui imposant une vie saine mais ennuyeuse : chaleur, timing comique et puissance vocale font merveille. Frances Mayli McCann (nommée aux Olivier Awards, Bonnie & Clyde, The Great Gatsby) est excellente, comme toujours, et l’on est ravi de retrouver Michael D. Xavier (Sunset Boulevard, Into the Woods) au sommet de ses moyens vocaux. Shona McGarty, connue du grand public pour EastEnders, prouve quant à elle qu’elle a toute sa place dans une distribution de cette qualité. Chaque soir, un invité surprise (parmi lesquels Michael Ball, Bonnie Langford, Rob Brydon, Anton Du Beke, Marti Webb et David Arnold) vient ajouter sa touche avant le grand pot-pourri final, qui enchaîne « Born Free », « Ben », « Love Changes Everything », « With One Look », « To Sir With Love » et « As If We Never Said Goodbye », sans oublier un clin d’œil aux thèmes de James Bond signés Black (« Diamonds Are Forever », « Thunderball », « The Man with the Golden Gun », « The World Is Not Enough »).

Un seul regret : les chansons les plus célèbres de Don Black ne figurent que dans le pot-pourri final. Il aurait sans doute été préférable de les répartir tout au long du concert, en alternance avec le répertoire moins connu, pour donner à la soirée un rythme plus équilibré. Mais c’est un détail, car ce concert est une réussite : il ne prétend pas à la narration serrée d’une pièce de théâtre, et ce qu’il promet, il le tient avec élégance et générosité. Une soirée de pur plaisir, qui rappelle que derrière chaque grande mélodie, il y a quelqu’un qui a trouvé les mots.

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